Conditions de travail : des managers sous pression constante !
Entre pression hiérarchique et travail sur temps personnel contraint, les managers de proximité ne sont pas à la fête à Bercy.
Une intensification marquée de la charge de travail
62 % des répondants à notre enquête déclarent une forte intensification de leur charge de travail ces dernières années (contre 53 % pour l’ensemble des réponses).
Cela se traduit par la multiplication des « urgences » à traiter, source de pression continue, un travail régulier en dehors des heures de travail habituelles, et un management plutôt directif.
Des résultats disparates :
- Selon le genre : 71 % des femmes sont concernées, 51 % des hommes
- Selon les métiers : 67 % de la filière numérique
- Selon la catégorie : 67 % des A+ et 66 % des B.
- Selon l’expérience : 66 % des agents sur leur poste depuis plus de 3 ans
- Selon le statut : 72% des CDD et 71 % des CDI
- Selon le service : 87 % à la CCRF Services centraux, 83 % à la DB et au CISIRH, 72 % à la DGE
Les raisons de la surcharge
Si comme pour l’ensemble des répondants, les managers de proximité pointent les nouvelles missions attribuées au service ou les vacances de postes, l’une des trois raisons majeures selon eux est l’augmentation des urgences à traiter.
Au quotidien, vous nous dites également que le reporting et les réunions pèsent sur votre journée de travail et votre charge mentale. Ce poids augmente avec l’âge et l’expérience (43 % avant 40 ans, 56 % après 60 ans).
Des conséquences sur la santé et l'équilibre vie professionnelle / vie personnelle
- 20% signalent un impact sur leur santé (23% pour les hommes, 18% pour les femmes)
- 35% des agents travaillent en dehors des horaires pour respecter les délais, et 34% pour mieux organiser leur charge
La filière numérique semble moins impactée par le déséquilibre vie professionnelle/vie personnelle (21%) que la filière administrative (31%). La situation de la filière technique alerte : avec un tiers des répondants qui déclarent subir des conséquences sur leur santé.
Les agents de catégories B sont particulièrement touchées : 35% nous disent travailler hors heures habituelles de travail, et 24 % ressentent une répercussion sur leur santé.
Selon les services :
L’impact sur la santé monte à 40 % à la DB et 27% à la DGE, le travail sur temps personnel est de 57% chez les répondants du Bureau des cabinets et la baisse de qualité des rendus par manque de temps est de 33% au SAFI.
Le travail hors horaires est régulier, plutôt sur la pause méridienne à l’IGPDE, le soir et le week-end dans les services centraux de la DGCCRF, à SIEP ou à SRH.
Management et risques psycho-sociaux
Si dans la filière numérique, le management est jugé plutôt participatif, la majorité des managers de proximité ayant répondu à notre enquête remonte une pression et un manque de soutien de la part de leur hiérarchie.
35% des managers de proximité se disent exposés à des conditions de travail dégradées : pressions morales (40%) et intimidation (20%) venant de la hiérarchie (45% des cas) ou de collègues (39%).
Beaucoup n’ont pas signalé les faits par crainte d’être pénalisés (45%), d’aggraver la situation (21%), ou par manque de confiance dans le processus de signalement (15%).
51% des répondants concernés ont signalé les faits auprès de leur hiérarchie ou de l’assistant de prévention. La satisfaction exprimée quant à la résolution de la situation est faible : 24% des dossiers.
L'attractivité des MEF : en berne
28% des répondants envisagent de quitter prochainement les MEF. Le chiffre est mécaniquement élevé chez les contractuels CDD (60%). Il est plus élevé chez les fonctionnaires (27%) que chez les contractuels en CDI (16 %).
Tous mettent en avant une perte de sens du travail et l’absence de perspective de carrière. Les agents contractuels pointent en outre une rémunération insuffisante.
L'analyse de la CFDT
Les managers de proximité à Bercy subissent une double pression : une charge de travail croissante et un environnement managérial plutôt rigide. Les conséquences sur la santé et sur la remise en cause de l’équilibre vie professionnelle/vie privée sont préoccupantes et ne doivent pas être ignorées.
Les managers de proximité sont souvent seuls, coincés entre la pression de la hiérarchie et les attentes des équipes. Ils sont en demande d’un soutien de l’encadrement. Leur déléguer les responsabilités ne suffit pas. La hiérarchie doit le faire en mettant les moyens en adéquation avec les missions.
Elle doit les accompagner pour mieux organiser la charge, diminuer la pression des équipes en priorisant les multiples urgences ainsi qu’en abandonnant certaines missions.
Redonner du sens au travail et améliorer l’attractivité du ministère passera nécessairement par une revue des missions, une réflexion collective sur l’organisation du travail, et le développement de réelles perspectives d’évolution de carrière.
Nos propositions pour agir sur vos conditions de travail
Réguler la charge de travail :
- Réaliser une revue continue des missions à l’échelle de chaque collectif de travail,
- Redonner du sens et limiter la pression avec des objectifs réalistes et priorisés, et des échéances anticipées,
- Mettre en place des outils de mesure de la charge de travail et de la charge mentale,
- Interroger le poids et la pertinence du reporting et de la multiplication des réunions de travail.
Responsabiliser l’encadrement des managers de proximité :
- Respecter l’équilibre vie pro/vie perso : droit effectif à la déconnexion, fin des réunions au plus tard à 18h, coupure des serveurs en soirée et week-end,
- Généraliser l’évaluation par les managers de proximité de leur encadrement (évaluation à 360°),
- Clarifier les responsabilités en identifiant clairement les niveaux de décision.
Rompre la solitude du manager :
- Créer des lieux d’échange entre pairs pour s’exprimer sur le travail réel.
La CFDT rappelle qu’en matière de santé, sécurité et de conditions de travail, la responsabilité de l’employeur est pleine et entière pour supprimer les risques.