Souffrance psychique au travail : le rapport enterré par le sénat
Le 8 juillet, une majorité de sénateurs a rejeté un rapport de cinq mois sur l'épuisement professionnel, empêchant sa publication. Aux ministères économiques et financiers, la souffrance, elle, ne se range pas dans un tiroir : plus d'un agent sur quatre est exposé aux risques psychosociaux.
Un rapport de cinq mois, rejeté avant d'être lu
Depuis février 2026, une mission d'information du Sénat travaillait sur la souffrance psychique au travail, à la demande du groupe RDSE. Cinq mois d'auditions et de déplacements, un rapport intitulé « Quand le travail consume : l'urgence de lutter contre l'épuisement professionnel », 39 recommandations. Parmi elles : une définition harmonisée de l'épuisement professionnel, un principe d'écoute des travailleurs inscrit dans le code du travail, un appui renforcé aux employeurs, en particulier les PME.
Le 8 juillet, la mission a examiné ce rapport. Une majorité de la droite et du centre s'est opposée à ses conclusions. Faute de vote favorable, il n'a pas pu être rendu public, ce qui, au Parlement, reste rare. La rapporteure ne peut pas le publier à titre personnel. Le travail existe. Personne, pour l'instant, n'a le droit de le lire.
On peut débattre du contenu. On peut le trouver perfectible. Mais enterrer un rapport plutôt que le discuter, sur un sujet que le gouvernement lui-même a classé grande cause nationale en 2025 et en 2026, ça interroge.
Aux Finances, on connaît déjà le sujet
Pas besoin d'un rapport pour savoir ce que ça fait. Le sommeil qui se dérègle. Les ruminations du dimanche soir. La concentration qui lâche en réunion. La fatigue qui colle à la peau. L’envie qui s'éteint. Des signes que beaucoup d'entre nous reconnaissent, et que peu osent nommer au bureau.
Les causes, nos documents les recensent depuis longtemps : incivilités, restructurations permanentes, intensification du travail, applicatifs qui plantent, arrivée de l'IA dans les métiers, et une charge mentale qui pollue la vie personnelle.
Les chiffres qu'on ne peut pas ignorer
Aux ministères économiques et financiers, l'exposition aux risques psychosociaux touche 29 % des agents (Observatoire interne 2025). Plus d’un agent sur quatre. Et la moyenne cache des écarts : 50 % à l'INSEE, 34 % en administration centrale, 31 % à la DGFiP, 21 % à la CCRF et au SCL, 21 % à la Douane.
La première cause n'a rien d'un caractère fragile. Un tiers des situations (33 %) tient à la surcharge, aux délais contraints, à la difficulté de concilier travail et vie personnelle. Près d'un quart (24 %) au contact avec la détresse sociale, aux agressions, aux violences sexistes et sexuelles. Le reste se répartit entre isolement et manque de reconnaissance (19 %), conflits de valeurs (9 %), insécurité des parcours (9 %).
La souffrance n'est pas une affaire individuelle
C'est le point que le rapport rappelait, et que nos documents martèlent : la santé mentale au travail ne se règle pas au niveau de chacun. On distingue les risques psychosociaux (stress, violences, harcèlement, organisation et relations de travail) des troubles qui en découlent : dépression, anxiété, burn-out, troubles cardiovasculaires ou musculo-squelettiques. Les premiers relèvent de l'organisation. Les seconds, du médecin.
Dans la fonction publique, la reconnaissance des troubles psychiques liés au travail reste incomplète et complexe. Et quand l'organisation se dégrade durablement, les conséquences peuvent être extrêmes : à la DGFiP, une vague de suicides inédite ne s'explique pas par les seules vulnérabilités individuelles.
La loi, pourtant, est claire. L'article L.4121-1 du code du travail impose à l'employeur de protéger la santé physique et mentale de ses agents. La santé mentale ne peut pas reposer sur notre seule capacité individuelle à « tenir » : elle se joue dans la charge de travail, les délais à tenir, les réorganisations, les outils dysfonctionnels.
Ce que porte la CFDT Finances
Un vote peut invisibiliser un rapport. Il n’invisibilise pas ce qu'il décrit. La CFDT Finances continue de porter ce sujet dans les instances, direction par direction, pour que la prévention des risques psychosociaux ne reste pas que des préconisations. Parce que la santé mentale au travail n'est pas une question de responsabilité individuelle. C'est une question d'organisation du travail et une obligation de l'employeur.
Et dans votre service : on en parle vraiment, ou on prend sur soi en silence ?
Source sur le vote du Sénat : « Un rapport sur la souffrance psychique au travail enterré au Sénat par la droite et le centre », Public Sénat, 10 juillet 2026 — publicsenat.fr