Services départementaux des impôts fonciers: peut-on faire pire ?
Les agents des Services Départementaux des Impôts Fonciers (SDIF) tirent une nouvelle fois la sonnette d’alarme. Sous-effectifs persistants, applicatifs défaillants, manque de formation, surcharge croissante et désorganisation structurelle : les difficultés s’accumulent et épuisent des équipes déjà fragilisées.
Malgré les alertes répétées, les conditions de travail continuent de se détériorer, mettant en péril la qualité du service rendu aux usagers et le bien-être des agents. Face à un système à bout de souffle, la CFDT réclame des mesures urgentes.
Les agents des SDIF font face à des difficultés croissantes dans l’exercice de leurs missions.
Ces problèmes, dont une bonne partie avait déjà été évoquée par l'alliance CFDT-CFTC lors du groupe de travail du 6 mai 2025 relatif aux missions des SDIF, impactent directement la qualité du service rendu aux usagers et surtout le bien -être au travail des agents.
Le constat est simple : les personnels n’en peuvent plus des réorganisations successives, ils n’en peuvent plus des dysfonctionnements applicatifs, ils manquent cruellement de formation et la surcharge de travail devient insoutenable.
En premier lieu, les effectifs sont insuffisants.
Les départs non remplacés et les transferts de missions comme la taxe d’urbanisme (TU) ont alourdi la charge de travail évidemment (!) sans compensation en personnel. Les sachants partent ou s’éreintent à former leurs collègues.
Les agents passent un temps excessif à corriger des anomalies applicatives (GMBI, SURF) ou à ressaisir manuellement des déclarations papier, à recourir à des tableurs Excel pour lister les contribuables en anomalie qu’ils doivent contacter, quand dans le même temps, l’administration parle des gains de productivité engendrés par la dématérialisation.
Enfin, il nous est remonté trop souvent ces 12 derniers mois des manques d’organisation, des défauts d’anticipation qui doivent être pris en charge dans l’urgence par des agents qui colmatent et s’épuisent.
La deuxième source de difficulté réside dans les outils informatiques inadaptés, instables, pour certaines vieillissantes.
Petite liste à la Prévert non exhaustive :
GMBI : le grand raté originel a fortement impacté les services et ses conséquences continuent de se faire sentir. C’est une interface rigide, calquée sur la déclaration d’impôt sur le revenu, inadaptée à la taxe d’urbanisme et à la taxe foncière. L’application génère des listes d’anomalies pléthoriques, obligeant à des contrôles manuels fastidieux. Les services sont contraints d’utiliser des tableurs manuels pour pallier les lacunes de l’applicatif !
NOVAE : en cas d’utilisation simultanée par plusieurs agents avec des fichiers volumineux, l’application bugue. Et pas de support technique pour résoudre les problèmes.
SURF : nom sympathique mais …synonyme des retards dans l’intégration des autorisations d’urbanisme, perturbant la liquidation des TU. Associé aussi à des processus désuets tels que des tableurs manuels pour suivre les redevables.
ADONIS: et son onglet « vision usager » incomplet, ce qui fait par exemple que l’agent ne peut pas identifier l’année de double taxation dans les cas de superposition d’impositions (ex : TF et TU)
Entre autres ...
Les agents perdent en efficacité et subissent un stress accru face à des outils peu fiables.
A cela s’ajoute une troisième difficulté : le manque de formation et d’accompagnement
Les agents ne maîtrisent pas les nouveaux applicatifs comme par exemple Baltic, Centipède… ou les évolutions législatives concernant les taxes d’urbanisme. Les e-formations ne suffisent pas à combler les lacunes, surtout pour des missions complexes.
En l’absence de bases-école, les agents apprennent sur le tas, avec un risque d’erreurs et une perte de qualité dans le traitement des dossiers. Ce qui pourrait être anecdotique devient une catastrophe à l’aune de la tension dans les services.
Par ailleurs, les consignes nationales sont parfois mal transmises ou ignorées localement, créant des incohérences.
Alors oui, le transfert de la TU a été mal préparé !
Les agents de la DDT avaient pourtant alerté dès 2021 sur les risques liés à ce transfert. Résultat : des erreurs de liquidation automatique, l’impossibilité de corriger les dossiers et du contentieux en hausse.
La TU nécessite des outils spécifiques, mais en leur absence, les agents doivent contourner les limites des applicatifs existants, en « bidouillant ».
Pendant ce temps, des collectivités locales menacent de poursuivre l’État pour manque à gagner (estimé à plusieurs centaines de millions d’euros).
Les agents subissent la pression des usagers et des élus qui n’ont pas de visibilité sur leurs ressources, sans moyens pour répondre.
Cerises sur le gâteau : la désorganisation et le manque de coordination
En effet, la suppression de la taxe d’habitation a détérioré la communication entre les SIP et SDIF, entraînant des incohérences dans les bases cadastrales.
A cela s’ajoutent des campagnes de relances mal cadencées : les relances automatiques (ex. : SURF) surchargent les accueils, sans logique globale.
Enfin, des outils comme Baltic ou Centipède sont peu connus des collectivités et des agents, faute de formation et de communication.