IA à la DGFiP : la CFDT Finances publiques exige un déploiement encadré, transparent et protecteur
Pour la CFDT Finances publiques, l’IA est un enjeu social majeur qui doit être traité dans le cadre d’un dialogue social transparent et loyal.
La DGFIP présente l’intelligence artificielle comme un outil d’avenir, capable de transformer les pratiques professionnelles et d’améliorer le service rendu. Mais derrière les discours, un angle mort persiste : celui du travail réel, des conditions d’exercice des missions et de la stratégie RH qui accompagne — ou non — ces transformations.
Pour la CFDT, l’IA ne peut pas être un simple sujet technique.
Former les agents : oui. Mais pas sur leur temps, ni sur leur seule responsabilité
La DGFiP invite les agents et agentes à se former, à vérifier, à relire, à rester critiques face aux outils d’IA. Autrement dit, elle mise sur une hypothétique auto-formation des agents.
Pour la CFDT, cette approche est insuffisante et injuste : la formation ne peut pas reposer sur la seule bonne volonté des personnels.
L’IA transforme les pratiques professionnelles. Elle exige donc une montée en compétences organisée, financée et intégrée au temps de travail. C’est à l’administration d’en garantir les conditions, pas aux agents d’en assumer la charge.
La CFDT exige :
Un plan de formation structuré, avec des contenus identifiés, des publics cibles, des modalités pédagogiques adaptées, des finalités claires et un calendrier opposable.
Des moyens concrets : du temps dégagé, des capacités de formation renforcées dans les écoles, des formateurs identifiés, et un accompagnement de proximité dans les services.
Sans cadre opérationnel clair, la responsabilisation individuelle devient un transfert de charge inacceptable. La CFDT le dit fermement : former, oui. Mais pas à n’importe quelles conditions, et certainement pas au détriment des agents.
L’IA transforme le travail… et peut l’intensifier
Les cas d’usage developpés par la DGFiP reposent sur une logique d’industrialisation des traitements et de recentrage sur la « valeur ajoutée ». Dans la réalité, cela signifie souvent que l’IA absorbe les volumes simples et laisse aux agents les dossiers les plus atypiques, sensibles ou litigieux.
Pour la CFDT il est urgent d’anticiper les risques psychosociaux induits par ces transformations.
La CFDT demande un plan pour prévenir :
L’augmentation de la charge cognitive liée l’introduction de l’IA dans les process de travail
Le travail invisible supplémentaire (contrôles, relectures, justifications, traçabilité).
L’IA ne supprime pas le travail : elle le transforme, parfois en l’intensifiant. Ignorer cet impact et ne pas le prévenir serait irresponsable.
L’emploi : le sujet que l’administration évite… mais que les agents voient venir
L’IA n’est pas neutre. Elle sert une stratégie que la DGFIP n’éclaire pas.
Pour la CFDT, l’administration doit répondre clairement à la question de savoir si on parle de transformation des emplois ou de suppressions.
Et cela ne concerne pas que l’informatique. Les métiers administratifs sont eux aussi exposés aux réorganisations, au recentrage et à l’intensification. Les agents et agentes attendent de la DGFIP qu’elle discute loyalement du sujet, qu’elle assume ses choix et qu’elle soit transparente sur le sujet de l’IA.
Interview du 24 janvier 2026Marylise Léon, Secrétaire générale de la CFDT
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« Ce n’est pas l’IA qui supprime les emplois, ce sont les employeurs. »
L’IA : un risque de suppressions d’emplois et d’anticipation de gains de productivité ?
La CFDT refuse que l’introduction de l’IA à la DGFiP serve de variable d’ajustement pour réduire les effectifs. Dans un contexte où l’administration utilise désormais un système de calcul des emplois devenu opaque — comme nous l’avons dénoncé dans « Le pilotage des emplois ne peut se réduire à une méthode d’allocation d’équivalents temps plein » — la tentation est grande d’invoquer l’IA pour justifier des suppressions de postes ou des gains de productivité anticipés.
La CFDT le dit clairement : l’IA ne doit pas devenir un prétexte pour diminuer les effectifs ou contourner le débat sur les besoins réels en personnel.
Aujourd’hui, les suppressions d’emplois sont trop souvent compensées par des recrutements précaires. Ce n’est pas un problème de personnes — les contractuels contribuent pleinement au service public — mais un problème de stratégie RH. Cette logique fragilise les collectifs, empêche la transmission des savoir-faire, précarise ses nouveaux collègues et met sous tension les équipes.
Pour la CFDT, il est indispensable de rompre avec cette spirale.
Nous exigeons une politique RH cohérente, lisible et protectrice, qui accompagne réellement les transformations liées à l’IA.
Pour la CFDT, l’IA doit être un levier d’amélioration du travail et du service rendu, pas un outil de réduction des effectifs ni un accélérateur de précarisation.
Nos exigences : un cadre clair, opposable et protecteur
La CFDT Finances publiques n’est pas opposée à l’IA. Nous sommes opposés à un déploiement flou, non maîtrisé et surtout non discuté.
Nous demandons :
Une liste officielle des outils IA avec leurs conditions d’usage, pour sortir du flou et éviter les contournements
Un plan de formation discuté avec l’organisations syndicales
Une analyse d’impact avant toute généralisation avec les mesures de charge, des RPS et les effets sur les collectifs
Une clarification sur la responsabilité avec un engagement clair de l’administration qui doit assumer le risque systémique et protéger les agents qui respectent le cadre.
La CFDT Finances publiques continuera de porter une ligne claire : oui à l’innovation, non à la précarisation, non à l’intensification, non aux suppressions déguisées.
L’IA doit être un outil au service des agents et du service public, pas un levier de réduction des effectifs ou de dégradation des conditions de travail. Et ce n’est pas un ministre qui viendra contredire nos propos.
Le Monde 1er avril 2026David Amiel, ministre délégué chargé de la fonction publique
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« Nous voulons une IA choisie et non une IA subie », ajoute le ministre de l’action et des comptes publics dans cet entretien où il « propose » l’ouverture d’une « négociation sociale » sur le sujet au sein de la fonction publique. Objectif affiché par le gouvernement : aboutir à un accord « d’ici à l’automne » avec les organisations syndicales et les employeurs publics.
« L’enjeu sera, notamment, de définir des usages prioritaires de l’IA, de fixer les principes éthiques, de souveraineté, de formation et d’accompagnement », explique-t-il.