Systèmes d’information à la DGFiP : les agents paient les dysfonctionnements
Le GT SSI du 10 mars s’est déroulé dans un climat particulièrement dégradé pour les agents de la DGFiP. Depuis le début de l’année 2026, les dysfonctionnements informatiques majeurs s’enchaînent à un rythme inédit : HELIOS, FICOBA, erreurs sur la paie… Ce ne sont pas des incidents isolés, mais les conséquences directes de choix structurels qui mettent aujourd’hui les agents en difficulté.
Malheureusement, cette la situation ne fait que confirmer ce que notre alliance dénonce depuis des années. Dès 2019, la Cour des comptes pointait la dette technologique et la fragilité de l’informatique de la DGFiP. Si des mesures ont été prises pour la résorber, la dette est tellement importante qu’elles n’ont pas été suffisantes, et aujourd’hui les agents en subissent les effets au quotidien. Les nouvelles applications, loin d’améliorer les conditions de travail des utilisateurs, sont trop souvent vécues comme des régressions, notamment dans le domaine du foncier. Quant aux développeurs, ces derniers n’en peuvent plus de travailler en méthode agile, méthode exigent des adaptations permanentes des outils.
Certes, les évolutions législatives permanentes compliquent le travail. Mais elles ne peuvent pas servir d’alibi permanent. Une part importante des dysfonctionnements est interne à la DGFiP, liée à des arbitrages budgétaires, à des calendriers irréalistes et à une priorisation qui ignore trop souvent la réalité du terrain. Quelques améliorations existent, notamment sur les applications de gestion des amendes, mais elles restent marginales et insuffisantes au regard des besoins des agents.
De la nécessité de Plans de Reprise d’Activité : l’improvisation n’est plus acceptable
L’incident HELIOS a mis en lumière une vérité dérangeante : les PRA restent, pour les applications les plus critiques, largement théoriques. Tester un PRA en conditions réelles demande des moyens, de la préparation et du courage décisionnel. Mais refuser de les tester, c’est faire porter le risque sur les agents et les usagers lorsque la crise survient.
La résilience du système d’information ne se décrète pas, elle se construit. Et elle ne peut pas reposer uniquement sur l’engagement des équipes informatiques appelées à gérer l’urgence sans outils éprouvés.
Poste de travail Linux : pour l'administration il est urgent d’attendre
Contrairement à ce qu’il est annoncé dans les médias, la DGFiP est moins allante sur cette évolution pourtant indispensable pour la souveraineté et l'éco-responsabilité: le passage sous Windows 11 avait mis au rebus de nombreux ordinateurs encore totalement fonctionnels. Des études ne sont pour l'instant que programmées. Sans nier les difficultés et le besoin d’accompagnement du changement, il est nécessaire que l’administration avance courageusement sur ce sujet comme précédemment sur les PRA et en fasse pas comme souvent des effets d'annonces.
Sécurité des données : des retards qui fragilisent la confiance
Sur la sécurité, là encore, la DGFiP accuse un retard préoccupant. D'autres administrations ont depuis longtemps déployé des systèmes physiques pour sécuriser l’accès aux applications sensibles. Pourquoi ces dispositifs ne sont-ils toujours pas généralisés à la DGFiP ?
Les fuites de données ne sont jamais totalement évitables, mais leur ampleur peut être fortement limitée à condition d’appliquer les bonnes pratiques. Faute de quoi, les rumeurs prospèrent. Ces rumeurs, qu’elles soient fondées ou non, fragilisent la confiance des usagers et menacent directement le consentement à l’impôt.
À plus long terme, la question de la menace quantique ne peut pas être éludée. Anticiper les évolutions technologiques est une responsabilité stratégique. Là encore, l’alliance CFDT-CFTC attend des réponses claires et une véritable politique d’anticipation, et non une réaction tardive après des incidents.
Des choix incohérents qui pénalisent les agents
Autre exemple de décisions déconnectées du terrain : l’interdiction des outils de traduction gratuite les plus connus, sans solution réellement opérationnelle. Ceux dorénavant proposés sont inadaptés aux besoins des services, d’autres développés en interne par la DTNum sur des modèles IA sont totalement inconnus des agents. Pour la CFDT-CFTC il est urgent de mettre à disposition et de faire connaître aux agents ces outils qui sont indispensables à certains métiers, notamment ceux de la sphère du contrôle fiscal. Sur l’impact des départs à la retraite des sachants
Les documents de travail du GT, présentait les départs massifs à la retraite comme de simples “opportunités de recrutement”. Notre alliance dénonce ce qui revient à nier la valeur du savoir accumulé par les agents expérimentés. Ces collègues détiennent une connaissance irremplaçable des règles de gestion, des applications et de l’histoire des systèmes. Beaucoup d’informaticiens proches de la retraite restent hautement compétents et investis.
Derrière cette vision comptable des effectifs se cache un risque majeur de perte de savoir, alors même que de nombreux projets sont en difficulté. Là où l’administration voit une opportunité, la CFDT-CFTC y voit une alerte sérieuse sur l’avenir du système d’information et des conditions de travail des agents.